13 nov. 2011

Baroud d'honneur et fantasia pour les baroudeurs


Le mot baroud a été emprunté par l’armée française coloniale en poste dans le Maghreb à l’arabe بارود /bārūd/ « poudre à canon ». Les militaires vont lui donner le sens de « combat » et vont s'y rapporter les dérivés barouder et baroudeur. Aujourd’hui ces deux mots font plutôt partie du champ sémantique relatif au voyage et le mot baroud n’est plus employé que dans l’expression « baroud d’honneur ». 
Le mot arabe a aussi été emprunté par d’autres langues qui sont restées fidèles au sens de « poudre à canon ». C’est par exemple le cas du turc barut, du persan باروت /barut/, de l’hindi बारूद /bārūda/ ou du swahili barudi.
On trouve encore le baroud utilisé comme patronyme sous la forme Baroudi  ou Baroud chez des Arabes chrétiens ou musulmans.
Cependant, certains voient une origine berbère (chleuh) à l'arabe baroud, voir araméenne (hébreu ברד  /barut/ "grêle") ou plus probablement grecque (πυριδης /pyrides/)



Dans le Maghreb, un spectacle équestre se terminant par des tirs de fusils à la poudre à canon est connu sous le nom de لعب البارود /la'b al-bārūd/ "fête de la poudre". C'est Eugène Delacroix qui par erreur donna à cette manifestation le nom de fantasia. Ce mot d'origine grecque avait été emprunté par l'arabe maghrébin qui lui avait donné le sens de "panache". Le mot est resté et au Maroc on fête tous les ans pendant les moussems la fantasia

Eugène Delacroix - Fantasia et youyous
En arabe festival se dit مهرجان /mahrajān/, un mot qui n'a rien à voir avec le hindi maharaja mais qui provient du persan مهرگان‎ /mehrgân/. Mehrgân est une fête qui remonte à l'époque pré-islamique célébrée en l'honneur du dieu Mehr (Mithra) dont on retrouve la trace dans l'actuel mois iranien de Mehr à cheval sur septembre et octobre.


10 nov. 2011

Coton, ouate et basané


La racine arabe بطن /baṭana/ qui signifie « avoir du ventre » ressemble étrangement au français bedaine mais c'est un hasard, celui-ci est rattaché au mot boudin... Le dérivé بطانة /biṭanat/ signifie « doublure » mais désignait au départ une peau de mouton retournée et tannée dont la couleur a été comparée au teint bronzé et c'est de là qu'est issu le mot basané. Le mot basane désigne toujours une peau de mouton utilisée à différents usages et notamment en reliure. L’espagnol emploie le mot badana qui possède lui aussi ce sens de "peau de mouton" et il a pu servir d’intermédiaire entre l’arabe et le français.

De la même façon l’espagnol guata pourrait être l’intermédiaire duquel nous avons tiré le mot ouate. Celui-ci a auparavant été emprunté au même mot arabe بطانة /biṭanat/ ou plus probablement aux mots وضع بطانة /waḍac biṭanat/ « pose de doublure ».

Le mot coton lui aussi est un mot arabe et il provient de la racine sémitique /*qṭn/ qui signifie « être fin » présente dans l’akkadien /qatānu/ « être fin », l’hébreu קתן /qaon/ « être petit, insignifiant » ou l’arabe قطن /quṭn/ « coton » qui symbolise une fibre très fine. C’est à travers l’italien cotone que ce mot nous est parvenu et on reconnaît encore dans l’espagnol algodón l’article définit arabe al. Du mot hébreu est tiré le patronyme Hakkatan qui signifie « le petit ».

Contre toute attente, la ville béninoise de Cotonou ne provient pas du mot coton mais de Okoutonou, un toponyme de langue fon.

Le cauchemar des Peshmergas : l'ambroisie d'Amritsar





Les linguistes ont reconstruit l’hypothétique racine indo-européenne /*mer-/ ou /*mor-/ qui signifie « blesser, mourir ». De là provient le latin mortus mais aussi le radical sanskrit मर /mr/ « mourir ». Ainsi dans la mythologie védique, le monde des mortels se nomme मर /mara/ et le mot मरन /marana/ signifie « mort ». Māra est dans le bouddhisme le démon qui essaya en vain de tenter le Bouddha et qui symbolise aussi la lutte contre ses pulsions intérieures. En Scandinavie, la mare ou mara est un spectre qui hante les nuits et les rêves, et ce sont peut-être les Normands qui en ont importé l’idée en France. On trouve encore la trace de ce démon dans l’anglais nightmare « mare de nuit, cauchemar » ou dans notre mot cauchemar, directement issu du cauquemare, la version française de la mara. Il existait aussi en Lituanie une déesse du même nom dont la fête tombait le 15 août, une date sur laquelle l’Église a plaqué la fête de la Vierge Marie. La similitude phonétique entre Mara et Marie est le produit du hasard.


De cette même origine indo-européenne provient le persan مرگ /marg/ « mort » duquel est issu le nom des Peshmergas, les combattants kurdes. Leur nom signifie littéralement « (ceux qui sont) devant la mort », le préfixe persan (et kurde) پيش /pêsh/ signifiant « avant, devant » (Peshawar « la ville de devant (la frontière) »). L’ancien persan utilisait le terme martiya « être mortel » (moderne مرد /mard/) pour nommer l’homme et c’est ce mot accolé au verbe خور /khvar/ « manger » qui a donné son nom au manticore « le mangeur d’homme » encore connu en persan sous le nom مردخوار /mardkhavâr/. Le (ou la) manticore est un être fantastique de la mythologie persane introduit dans le bestiaire européen par l’intermédiaire des Grecs. Ce mot a aussi servi à nommer un genre d’insecte (Manticora) que l’on trouve notamment en Afrique Australe. La racine /*mer-/ a aussi permis la construction du mot sanskrit अमरत /amrta/ « immortel » dans lequel un a- privatif précède le mot मरता /mrta/ « mortel ». L’amrita est dans l’hindouisme la source d’immortalité des Dieux, breuvage obtenu après le barattage de la mer de lait dont quelques goûtes sont tombées sur terre. On en a la trace dans le nom de la ville sacrée des Sikhs, अमृतसर Amritsar dont le nom sanskrit signifie « lac du nectar d’immortalité ».

En parallèle et du coté occidental de la civilisation indo-européenne, la nourriture des Dieux grecs était l’ambroisie. On fait d’ordinaire descendre ce mot du grec ancien αμβροσία /ambrosia/ qui est composé, comme dans le sanskrit amrita, d’un a- privatif et du nom βροτος /(m)brotos/ « mortel ». De la même façon, la plante nommée amarante tient son nom du mot /amarainein/ « immortel ».

9 nov. 2011

Hagiographie du hajj à Astrakhan et Hagège à Sainte Sophie

Ministère du Hajj
Nous sommes en ce moment, d'après le calendrier islamique durant le mois nommé ذو الحجة Dhou al-hijja "celui du pèlerinage" et c'est évidemment pendant ce mois que se déroule le pèlerinage à la Mecque, le حَجّ hajj ou hadj. Ce mot provient d'une source sémitique qui est aussi à l'origine du nom Haggai ou Aggée, prophète mineur de l'ancien testament et saint chrétien..Son nom חַגַּי /ḥaggay/ peut être rattaché à l'hébreu חגג /ḥagg/ "faire un pèlerinage" mais ces termes pourraient bien être d'origine égyptienne.
Comme l'a montré le professeur d'égyptologie Adel Farid Tobia de l'université de Fayoum, le hiéroglyphe semblerait être à l'origine non seulement de ces mots sémitiques mais aussi du grec αγιος /agios/ "saint, sacré" que l'on retrouve dans le français hagiographie, hagiographe. C'est ce mot grec qui est à l'origine du nom  Ἁγία Σοφία /hagia sofia/ "sainte sagesse", ancienne basilique Sainte-Sophie, un temps mosquée et aujourd'hui un musée connu sous le nom de Ayasofia en turc.

En arabe, celui qui a fait le hajj devient un hajji ou hadji, terme qui va désormais précéder son nom en tant que marque de respect et au Maghreb, hajj et hajja sont des termes respectueux employés vis à vis des personnes âgées qu'elles aient fait le pèlerinage ou non.

Le hajji Karzaï en astrakan
On trouve plusieurs noms propres ou noms communs dérivés de ces termes hajj et hajji. Alhagi (al-hajji) est le nom de genre d'un arbrisseau du désert, Hagège ou Hadjaje sont des noms de personnes et un dérivé caché, le mot astrakan.

L’astrakan est la laine produite par la fourrure de l'agneau karakul mort-né. Ce mot provient du nom de la ville russe d’Astrakhan située sur les bords de la Volga. А́страхань /ástrakhan/ provient des mots turcs hacı tarhan /ḥatchi tarkhan/ ou du persan حاجی‌ ترخان /ḥâji  tarkhan/ "hajj non imposé". On suppose que la ville a pris ce nom suite à sa création par un pèlerin qui avait obtenu pour elle une exonération d’impôts. Bien que l’astrakan vaille très cher, la ville est connue pour son autre « or noir » qu’est le caviar.


3 nov. 2011

Charia et Tao

Shari' al-Hamra à Beyrouth
Le mot charia désigne la loi religieuse considérée par les musulmans comme intemporelle et universelle. Encore une fois, c'est un mot-obus qui concentre les peurs des Occidentaux. Dans son acceptation étymologique, la charia est une "voie", un "chemin" qui peut croiser la tariqa des soufis. L'arabe شريعة  /charī'at/ "loi, droit" est proche du mot شارع /chari'/  "rue, avenue" et on peut expliquer la notion de charia comme étant le chemin à suivre pour trouver la source.
C'est un peu la même idée sémantique que l'on trouve dans la notion extrême-orientale du Tao ou Dao même si les fondements sont radicalement différents. C'est de là que provient le mot taoïsme. 
rén mín dà dào à Pékin
Le mandarin 道 dào signifie littéralement "voie, route" et comme en arabe recouvre aussi bien le champ religieux que civil. 
Ce mot a été emprunté sous la forme /do/ par différentes langues d'Asie et on le retrouve en français dans différents mots japonais (judo dō "voie de la souplesse" - aïkido 合気道 aikidō "voie de la réunion des énergies" - kendo 剣道 kendō "voie du sabre") ou coréens (taekwondo 태권도 "voie du pied et du poing" ).

2 nov. 2011

Tamara, Tamar, tamarin, tamarix, tamaris



En arabe le mot تمر /tamr/ signifie « palmier » et son dérivé /tammr/ désigne la « datte ». Les Arabes nomment تمر هندي /tammr hindy/ « datte d'Inde » un fruit dont nous avons altéré le nom en tamarin (tamarind en anglais). Bien que le fruit du tamarin n’ait rien d’une datte, son nom latin (Tamarindus indica) nous rappelle deux fois son origine indienne – supposée – puisqu’on sait maintenant qu’il vient d’Afrique (la ville sénégalaise de Dakar tient d’ailleurs son nom du wolof daxaar /dakhaar/ qui signifie « tamarin, tamarinier »).

C’est peut-être à partir de ce mot que provient le nom du genre d’arbre Tamarix auquel appartient le tamaris.

Le mot arabe provient lui-même de la racine sémitique /*tmr/ « palmier » dont est issu l’hébreu תםר /tamar/, l’amharique /tāmr/ ou le phénicien /tamar/ « datte, palmier ». C’est d’ailleurs par ce dernier mot que les Phéniciens avaient nommé une ville des Baléares que les Espagnols traduiront plus tard Palma (de Majorque).

L’hébreu a utilisé le mot תםר /tamar/ « datte » pour en faire le prénom féminin Tamar, nom d’une des filles de David et au 12ème siècle, une Géorgienne a régné sous ce nom. Les Slaves d’aujourd’hui l’utilisent toujours sous la forme Тамара Tamara.

30 oct. 2011

Pagode à Bagdad, Bogdanov le bogomile, bakchich et baldaquin




C’est en 765 que le deuxième calife abbasside Al-Mansur décide la création de sa nouvelle capitale à laquelle il donne le nom persan de Bagdad. Le mot Bagdad بغرار /baġdad/ est composé de deux mots qui signifient « Dieu-donnée » ou « donnée par Dieu ».

Le premier provient du vieux persan /baga/ « dieu », lui-même issu de la racine indo-européenne /*bhag-/ « partager, distribuer » voir Boukhara. C’est cette racine qui a donné le sanskrit भाग /bhāga/ « bonne fortune, prospérité, seigneur » étendu en भागवत /bhāgavata/ « relatif à Dieu » et à l'origine du nom d'un des livres essentiels de l’hindouisme, la भगवद्गीता About this sound Bhāgavad-Gītā « le chant du Divin ou chant du Bienheureux ». Le mot pagode est certainement la prononciation tamoule de ce même भागवत /bhāgavata/ et désignait alors la déesse Kali. Ce sont les Portugais qui en modifièrent le sens pour lui donner celui d'un lieu de culte païen.

La racine indo-européenne /*bhag/ a par ailleurs produit l’avestique /baẖš-/ duquel est issu le persan بخشش /bakhšiš/ bakchich « don, cadeau ». plus tard emprunté par l’arabe بقشيش /baqšīš/.

Pour illustrer à quel point les langues européennes et les langues indo-iraniennes peuvent être proches, nous pouvons ajouter à cette liste le mot russe бог /bog/ « dieu » que l’on retrouve aussi dans d’autres langues slaves (croate, polonais). Il entre dans la composition de patronymes slaves :
- le prénom Богдан Bogdan (donné par Dieu, « Dieudonné ») porté par plusieurs rois moldaves et utilisé actuellement par une compagnie industrielle ukrainienne, productrice de véhicules.
- les patronymes Богданов Bogdanov (féminin Богданова Bogdanova) très répandu en Russie.
- le prénom Богомил Bogomile « cher à Dieu », notamment porté par un prêtre bulgare du 10ème siècle à l’origine d’un courant gnostique (le bogomilisme) peut-être à l’origine du mouvement cathare et comme lui considéré comme hérétique par l’Eglise romaine voir manichéisme

Les artisans de Bagdad produisaient une étoffe que les Italiens appelaient baldacchino en référence à la ville que les Toscans connaissaient sous le nom de Baldacco « Baghdad ». Le français en a fait le mot baldaquin qui en langage moderne n’entre plus que dans la construction « lit à baldaquin ».






La deuxième partie du mot Bagdad, c’est à dire /dad/ « donné » est le participe passé du mot persan رارن /dâdan/ « donner », issu de la racine indo-européenne /*dō/ « donner ». De là provient aussi le français « donner » (par le latin donare) ou le russe дать /dat'/ « donner », origine du mot дача About this sound /dača/ datcha qui était – avant de devenir une « petite maison de campagne » – une « terre donnée » en récompense.


Le joueur de tennis chypriote Márcos Baghdatís a hérité son nom de son père d'origine libanaise. En grec (une des langues de Chypre), ce patronyme prend la forme Παγδατής /pagdatis/ alors que la ville irakienne a gardé le /b/ initial dans sa forme grecque Βαγδάτη /bagdate/.


Sujet similaire traité par Amin Maalouf


27 oct. 2011

Boutique et magasin, magazine et Makhzen


Boutique est un emprunt au grec άποθήκη /apothêke/ « lieu de dépôt » dans lequel le mot θήκη /thêke/ signifie « boîte » que l’on retrouve dans bibliothèque « boîte à livre ». Le provençal botica a servi d’intermédiaire entre le grec et le français et on retrouve le mot dans l’espagnol bodega dont le sens moderne est « cave » ou « grenier » mais a aussi pris le sens dérivé de « marchand de vin, bistrot ».
 


C’est la même idée de« lieu de dépôt » que porte le mot d’origine arabe magasin. L’arabe مخزن /makhzan/ « entrepôt, magasin » trouve sa source dans la racine خزن /khazana/ qui signifie « stocker, entreposer ». Le mot magasin possède d’ailleurs toujours en français les deux sens d’ « entrepôt(de munition) » et de « boutique ». En arabe maghrébin on emploie plutôt le mot دكان /dukān/ que l’on a un temps utilisé en français colonial "doukane". On le retrouve dans des toponymes (Djébel Doukane en Algérie)
Par extension, le mot magazine en est venu à désigner un livret dans lequel étaient consignés des stocks militaires avant de renfermer d’autres informations. En ne gardant que la fin du mot magazine, l’industrie moderne a formé les mots fanzine et webzine.
C'est du même مخزن /makhzan/ « entrepôt » que vient le mot Makhzen qui en arabe désigne le pouvoir marocain et tout ce qui tourne autour. Ce terme a pris pendant les manifestations du printemps arabe une connotation conservatrice et passéiste.







22 oct. 2011

Le Maroc est au Maghreb ce que Erebus est à l'Europe


On ne connaît pas avec certitude la signification du mot Europe mais on en connaît l’origine rapportée par Hérodote qui nous apprend que Zeus avait enlevé Europe, la fille d’Agénor. Agénor était le roi de Phénicie dont Tyr sa capitale se trouve dans l’actuel Liban. Cadmos, le frère d’Europe parti à la recherche de sa sœur a introduit l’ancien alphabet phénicien (donc sémitique) en Grèce. Jupiter en l’honneur d’Europe donna son nom à cette partie du monde. 

Ce nom dériverait d’un mot sémitique /ereb/ ou /erebu/ signifiant “soir, descente” en référence au soleil se couchant sur l’Occident. Si l’on retient cette hypothèse, Europe proviendrait d’une racine afro-asiatique /*gharub/ “obscurité”  qui a donné le sémitique /*gharb/ “soir, soleil couchant”  d’où proviennent l’hébreu ערב /cerev/ “ouest, soir”  et le phénicien /cereb/ “ouest”. C’est de ce mot que provient le nom de l’Erebus, un volcan d’Antarctique. Si l’on se place du point de vue moyen-oriental, l’Europe se trouve à l’ouest comme c’est le cas du Maghreb pour les Arabes d’Arabie. C’est grâce à cette même racine qu’ils désignent le Maroc, le pays arabophone le plus occidental. En arabe le Maroc se dit المغرب /al-maghrib/, mot qu’on a étendu en français à toute la sous région nord-africaine. Ce mot vient de la racine arabe غرب /gharb/ « ouest » à laquelle est accolé le préfixe /–ma/

En provient aussi le nom du cap Trafalgar qui se situe au sud de l’Espagne. Ce nom arabe ترف الغرب /tarif al-gharb/ signifie « direction de l’Occident » ou selon A. Cherpillod طرف الغرب /ṭarif al-gharb/ « fin de l’Occident ». Toujours est il que c’est à cet endroit que les deux super puissance occidentales de l’époque se sont affrontées et que la coalition franco-espagnole de Napoléon s’est inclinée face à la flotte britannique de Nelson. C’est cette victoire qui lui doit une colonne sur la célèbre « Trafalgar square » de Londres. Pour la première partie du mot Trafalgar voir le mot tarif.

Ce mot /gharb/ a aussi servi à la construction du mot Algarve, nom de la province sud du Portugal. 


On a proposé deux autres étymologies pour le mot Europe :
- la première est aussi sémitique. Elle proviendrait du phénicien /hur appa/ « blanc de visage ».
- la deuxième hypothèse est grecque. Ce mot viendrait du mot ευρύς ώψ /eurus ôps/ « au large visage (œil) ».

18 oct. 2011

Gilad de Galaad et Shalit le sultan


Aujourd’hui Gilad Shalit, soldat franco-israélien de Tsahal a été libéré en échange de centaines de prisonniers palestiniens. Son prénom גלעד /gilacd/ provient d’un toponyme de la bible Galaad qui signifie « pierres (monticule) du témoin » (racine גּלל /gll/ « rouler » voir Galilée et galerie). Ce mot Galaad n’a rien à voir avec celui de la légende arthurienne dans laquelle le fils de Lancelot tient son nom du gaélique Gwalchaved « faucon de l’été ».
Son nom שליט /šalīt/ signifie « souverain, seigneur » dérivé de la racine sémitique /šlṭ/ « régner, gouverner ». Le /š/ hébreu devient souvent /s/ en arabe. Ainsi, c’est aussi de la racine sémitique que provient le radical arabe سلطة /sulṭat/ « pouvoir, puissance » qui a donné le mot سلطان /sulṭān/ « pouvoir, souveraineté » origine des mots sultan et sultanat

Signature du sultan ottoman Mahmud II

15 oct. 2011

Adonis d'Adonaï ou d'Akhenaton



   
La mythologie grecque nous conte l’histoire d’Adonis, une divinité du cycle des naissances dont la biographie est extrêmement changeante. Adonis (Αδωνης  adonis) était un symbole de beauté dans la culture gréco-latine de laquelle nous avons hérité le nom commun (un) adonis qui nous sert à désigner un homme jeune et beau. Sa fin est tragique, il meurt des blessures provoquées par l’attaque d’un sanglier et le nom de la fleur rouge qui porte son nom (Adonis sp) fait référence à son sang répandu. Cependant le nom d’Adonis, comme celui de sa mère Myrrha n’est pas grec mais d’origine sémitique, d’une racine /*’d/ signifiant « seigneur » de laquelle provient le nom d’une divinité phénicienne Adon /*’adōn/. C’est en référence à celle-ci que le poète syro-libanais Adonis a choisi son pseudonyme.

C’est aussi de cette racine sémitique qu’est issu le mot hébreu אדני /*’adonay/ Adonaï « mon seigneur » un terme par lequel les juifs vocalisent le tétragramme יהוה dont la prononciation est interdite. L’équivalent mésopotamien d’Adon était connu sous le nom Dumuzi en sumérien et Tammuz en babylonien et c’est encore sous cette forme qu’on le retrouve dans le nom d’un mois du calendrier juif et de celui des chrétiens du Proche-Orient.

Aton ou Aten était dans la mythologie égyptienne le nom du dieu soleil dont le culte fut imposé par le pharaon Akhenaton « l’horizon d’Aton ». On pourrait reconnaît dans le nom d’Aton un diminutif du mot hébreu Adonaï et selon certains, dans le culte d’Aton les bases du monothéisme abrahamique mais cette hypothèse reste largement controversée.


12 oct. 2011

Nirvana pour les aubergines







Le mot français vent comme son équivalent anglais wind provient de la racine indo-européenne /*wē/  qui signifie « souffler ». C’est aussi de ce radical que provient le mot sanskrit वात /vāta/  « vent », issu du verbe वा /vā/ « souffler » que l’on retrouve dans la deuxième syllabe du mot nirvana. Ce mot sanskrit निर्वाण /nirvāṇa/ relatif au lexique religieux du bouddhisme signifie littéralement « cessation d’aspiration, extinction ». 


Le mot aubergine tient initialement sa source du sanskrit वातिगगम /vātiga-gama/ dans lequel on retrouve ce verbe वा /vā/ « souffler ». Les deux mots /vātiga-gama/ signifient « (la) plante qui soigne le vent », un mot altéré par le persan بادنجان /bâdinjân/ ou بادنگان /bâdengân/ et repris par l’arabe الباذنجان /al-bāḏinjān/. C’est lui qui l’a ensuite transmis au vieil espagnol sous la forme alberengena (catalan alberginia) duquel le français a fait aubergine. On retrouve le mot sous la forme « bringelle » dans les îles de la Réunion et Madagascar. 


La Colère des aubergines - Bulbul SHARMA
Par un effet d’aller et retour, l’actuel mot hindi pour aubergine est rendu par le mot बैंगन /baingan/, arrivé en Inde par l’entremise des Anglais qui avaient emprunté l’ancien mot portugais bringella. 





8 oct. 2011

Destrier au Deccan


En Inde on a pris il y a longtemps l’habitude de nommer le Sud par rapport à la main droite quand on regarde l'Est. Ainsi le nom de la région du Deccan qui désigne toute la partie sud de l’Inde provient à travers l’hindi डेक्कन /dakkhin/ du sanskrit /dakia/ « droite » mais ne possède pas la connotation positive de l’arabe Yémen. Le Nord étant associé au monde des vivants, le Sud est donc par opposition celui des morts mais c’est aussi « le point cardinal vers lequel se tourne, pour enseigner la sagesse au pied du banian sacré, Shiva dakshina-mûrtî (au visage tourné vers le sud) » (Feuga 1994 : 52). Le mot sanskrit /dakia/ « droite » est à rapprocher du français (ambi)dextre, dextrose, destrier issus du latin dexter lui-même provenant de l’indoeuropéen /deks/ « droit ».


La représentation habituelle des cartes géographiques qui situent le nord vers le haut n’est qu’une convention et on voit à travers ces exemples qu’il aurait pu en être autrement et il existe des cartes imprimées dans l’hémisphère sud qui représentent le sud orienté vers le haut comme le faisaient les premiers géographes arabes.


Benjamin et Maimonide au Yémen


Il existe en proto afro-asiatique une racine /*yamin/ qui signifie « (côté) droit » ou « droite ». On en trouve la trace dans l’égyptien imn « droite » ainsi que dans le proto-sémitique /*yamīn/ de même sens. Cette racine est l’origine du nom biblique Benjamin plus tard utilisé comme nom commun en français pour désigner le dernier enfant d’une fratrie. Dans la Genèse on trouve l’histoire de Benjamin, fils du patriarche Jacob et de son épouse Rachel qui meurt en couche lors de la naissance de Benjamin. Avant sa mort Rachel lui donne le nom de בןאוני BenOni « fils de mon chagrin » que son père changera en בנימין /benyamyn/ Benjamin « fils de ma droite ». Dans la plupart des cultures le coté droit est survalorisé par rapport au gauche et il est souvent assimilé au « bon ». En sémitique il existe une proximité phonétique et étymologique permettant de rapprocher les mots « droite » et « bon ». Malgré tout l’étymologie de Benjamin « fils de ma droite, de mon bonheur » semble erronée et il faudrait plutôt chercher l’origine du mot Benjamin dans le nom d’une tribu du Sud.
Les Sémites pour se repérer dans l’espace avaient l’habitude de se placer face à l’Est ce qui place automatiquement le sud vers la main droite. Cette relation « droite – sud – (bon) » se retrouve dans la langue arabe et dans le nom du Yémen qui se situe au sud de la Mecque. Le Yémen, اليَمَن /al-yaman/ est donc le pays « à droite, au Sud » mais aussi le pays « du bonheur » que le monde latin nommait l’Arabie heureuse (Arabia Felix), plus pour ses conditions climatiques exceptionnelles (felix = fertile) que pour sa position géographique. Le participe passé arabe dérivé مَيْمون /maymūn/ « fortuné, heureux » est l’origine du nom du philosophe juif et arabophone du XIIe Moïse ben Maïmon connu en Occident sous les noms de Maimonide ou Ramban. Pour l'Inde voir Deccan
A contrario, un des noms arabes de la Syrie est le mot شماليّ /šamālyy/ qui signifie aussi bien « gauche » que « Nord ».