25 août 2011

Phénix, pourpre et Phéniciens

Canaan était le nom de l’antique région qui recouvre l’actuel littoral qui va du Liban à la bande Gaza. L’ancien testament fait provenir ce nom de celui de כנען /kena’an/ « Canaan », un des fils de Cham et c’est de cette région prospère que proviennent les Phéniciens. Eux-mêmes donnaient à leur langue le nom de /kana'nīm/ « cananéen », une langue sémitique qui constitue dans son ensemble le substrat de ce qui allait devenir l’arabe. Les Libanais d’aujourd’hui en sont les descendants. Des villes maritimes de Tyr, Sidon ou Byblos sont partis les Phéniciens qui allaient fonder dans toute la Méditerranée des colonies telles que Carthage, Cadix, ou Malaga. La culture et la langue des Phéniciens allaient persister longtemps après la chute de la civilisation de Canaan et laisser des traces profondes dans l’Occident naissant.
Les Phéniciens se donnaient le nom de /bani kan'an/ « fils de Canaan » et ce sont les Grecs qui leur donnèrent l’exonyme de Phéniciens. Il provient du mot Φοινίκη Phoiniké lui-même emprunté à l’ancien égyptien fnkhw « Syriens ». A cause de sa proximité phonétique, les Grecs ont ensuite rapproché le mot Phoiniké d’un autre mot grec φονιξ phoînix « phénix ». Le phénix était un oiseau fabuleux qui avait la propriété de pouvoir renaître des cendres issues de la combustion de son corps. Mais le mot grec avait précédemment été emprunté au verbe égyptien wbn « se lever (parlant du soleil), briller » duquel provient le mot ou bnw qui désigne le bénou, l’oiseau mythique égyptien à l’origine du phénix grec.
Néanmoins, le mot φονιξ phoînix avant de désigner l’oiseau servait déjà à nommer la pourpre, la couleur produite par un petit coquillage (Murex brandaris). La pourpre jouait un rôle important dans la civilisation méditerranéenne de l’époque et ce sont les Phéniciens qui avaient découvert le procédé de fabrication perdu et jamais retrouvé depuis. Le mot pourpre lui-même nous provient de l’autre mot grec qui le désigne πορφύρα porphura duquel nous avons aussi tiré l’adjectif purpurin. D’un coquillage du même genre (Murex trunculus), les Phéniciens tiraient une autre teinte bleue pourpre et il est intéressant de noter que le nom Canaan provient certainement de l’akkadien /kinahhu/ qui signifie « coquillage à la parure bleue ».
Les Phéniciens qui contrôlaient une grande part du commerce maritime méditerranéen se trouvèrent rapidement en concurrence avec la puissance romaine. Ce sont ces Romains qui ont déformé leur nom grec en le latinisant sous la forme pūnicus duquel le français a tiré le mot punique principalement utilisé comme adjectif notamment pour désigner par le terme « guerres puniques » les affrontement successifs qui se produirent entre Romains et Phéniciens.
On rattache parfois à l’adjectif « phénicien » le mot ⵜⵉⴼⵉⵏⴰⵖ /tīfīnaġ/ tifinagh qui est le nom de l’alphabet qui sert à noter certaines langues berbères et notamment celle des Touaregs, le tamasheq. On peut retrancher du mot tifinagh, féminin pluriel du mot /tafīneqq/ la première syllabe (/tī/) pour voir apparaître une altération du mot phénicien (/fīnaġ/) souligne l’origine orientale de cette graphie. C’est d’ailleurs une lettre tifinagh, la lettre /z/ qui symbolise actuellement l’identité berbère.

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