15 mai 2013

Ayurveda et vidéo, Vidya Balan et le Védanta


Le terme ayurveda provient des deux mots sanskrits आयुस /āyus/ « vie, longévité, force vitale » et वेदाः /vedā/ « connaissance, savoir », en gros une « science de la longévité ».

Le mot आयुस /āyus/ « vie, longévité, force vitale » est issu de la racine indo-européenne /*ayu/ « vie » de laquelle provient le latin aevus (d’où le français âge).

Vidya Balan
Le mot वेदाः /vedā/ « connaissance, savoir »qui compose la deuxième partie de ayurveda est un terme qui dans l’hindouisme désigne un ensemble de textes à caractère sacré que l’on nomme les Védas. On le trouve aussi comme adjectif sous la forme védique. Il existe dans l’hindouisme un courant philosophique nommé वेदान्त Védanta « fin, raffinement du Véda » qui cherche l’unité de l’homme avec le reste du monde connu ou inconnu. Le suffixe /-anta/ « fin » accolé au mot /veda/  est un cognat de l’anglais end « fin ». C’est aussi l’origine du prénom Vidhya ou Vidya « savant(e) » tel celui de l’actrice indienne विद्या बालन Vidya Balan, membre du jury du festival de Cannes (et non festival de Khan) 2013.



On peut relier le mot véda et sa racine वि /vid/ « connaître, savoir » à la racine indo-européenne /*weid-/ « voir, savoir » de laquelle provient aussi le latin video « je vois », le français voir ou l’allemand  wisess « savoir ».



30 avr. 2013

Narguilés, chichas et autres hookas


         La pipe à eau utilisée dans une grande partie du monde oriental prend des noms qui rappellent son origine géographique. En France c’est surtout sous l’appellation narghilé qu’on le connait.

      
   Le mot narguilé nous est parvenu à travers le turc nargile qui le tenait lui-même du persan نارگيله /nārgileh/, un mot dérivé de  نارگیل /nārgil/ «  noix de coco » parce que c’est dans cette coque que l’eau est ou était placée. C’est à cette source persane que l’arabe empruntera le mot نارجيلة /nārjīlat/ qui signifie aussi bien « narguilé » que « noix de coco » (qu’on appelle aussi  جوْز الهند /jawz al-hind/ « noix d’Inde »). Cependant, le mot persan trouve son origine dans le sanskrit नारिकेल /nārikela/ « noix de coco » (hindi नारियल /nāriyala/) qui semble lui-même emprunté à une langue dravidienne.

         Dans les pays arabophones on utilise plutôt le mot chicha qui n’est pas un mot arabe mais encore persan, شیشه /šīšeh/ signifiant « verre », désignant de nouveau le contenant du liquide.

       
  Dans la région indo-pakistanaise (et du coup en anglais) c'est sous le nom hookah que le narguilé est connu. Le mot hindi/ourdou हुक़्क़ा / حقّہ /huqqāh/ est emprunté à l’arabe هقّة /huqqat/ qui semble lui-même le tenir d’une autre source, peut-être le persan. 

         En Iran, c’est le mot قلیان /qaliān/ qui est utilisé. Ici aussi il désigne le contenant du liquide et le est emprunté à l’arabe غلى /ġlā/ « bouillir » qui a aussi donné le mot غلْيون /ġlyūn/ « pipe ».

Afghanistan - Photo Ludo Kuipers



Sarrazins et Chouraqui de Castelsarrasin


Alors que le mot arabe المغرب Maghreb indique le coucher du soleil, le mot مشرق /mašriq/ écouter ou Mashreq indique son lever et désigne l’Orient et plus particulièrement le Moyen-Orient. Il est – comme le mot شرق /šarq/ « Est » – dérivé de la racine arabe شرق /šaraqa/ qui signifie « se lever (pour le soleil) ». C’est aussi de là que provient le mot شرقية /šarqiyat/ écouter ou chergui par lequel est nommé un vent marocain et c’est certainement de l’altération de ce mot que le nom du sirocco a été formé, suivant en cela le cheminement du mot sarrazin.

         Par le mot Σαρακηνοί Sarakenoi, ce sont en fait les Grecs qui étendirent à tous les Arabes le nom que les Romains utilisaient déjà pour désigner une tribu arabe du Sinaï. Le latin sarracenus (comme l’anglais saracen) était une translittération de l’arabe شرقيين
/šarqiyyin/ qui signifie « orientaux ». Certains auteurs chrétiens essayèrent un temps de faire dire au mot « qui n’est pas de Sarah », faisant référence en cela à l’origine biblique et coranique des Arabes qui descendraient d’Agar, la servante égyptienne d’Abraham et non de Sarah son épouse légitime. Toujours est-il que ce mot Sarrazin a servi à désigner non seulement les Arabes puis les musulmans mais aussi tout ce qui était païen. Ainsi, selon l’Italien Joseph Henriet, ont été appelés Sarrasins de nombreux autochtones Alpins pré-indoeuropéens réticents pendant des siècles à la christianisation de l’Europe.

A ces différents mots on peut rattacher les patronymes juifs ou musulmans suivants : Chouraqui, Cherki ou Cherkaoui. On trouve aussi en France le nom de famille Sarrazin ou Sarrasin. Un médecin français installé au Canada avait envoyé une plante inconnue à un botaniste qui nomma la famille de cette plante sarracénie en son honneur.

Ce mot a aussi conduit à la formation de toponymes comme c'est le cas du nom du village de Castelsarrasin qui se trouve dans le Tarn-et-Garonne ou même du nom du club de rugby anglais Saracens F.C.
                    



29 avr. 2013

Fellag le fellaga et Bouteflika le fellah


On  trouve en arabe deux racines pour traduire le verbe « fendre ».

La première فلح /falaḥa/ se rapporte plus spécifiquement à l’agriculture, à l’action de fendre la terre. C’est de là que provient l’arabe فلّاح /fallāḥ/ emprunté par le français fellah pour désigner un paysan d’Égypte ou d’Afrique du Nord. On en retrouve la trace dans la topomynmie (Fallahabad en Iran, Khirbet Abu Fallah en Palestine) ou dans l'onomastique (l'activiste social iranien Hossein Falah Noshirvani). Dans un sens second, ce même mot mais sans le redoublement du /l/ فلاح /falāḥ/ écouter signifie « bonheur, salut, succès » sans qu’on sache si cette félicité est liée à l’état de paysan ou une image de la bouche qui sourit (qui est fendue, comme en français "on se fend la poire")… Toujours est-il que c’est ce mot que l’on retrouve dans l’appel à la prière du muezzin :

video
   حي على الفلاح/ḥayyā ‘alā-l-falāḥ/ « venez au salut (félicité) »

        La racine arabe فلح /falaḥa/ provient elle-même du radical proto-sémitique  /*plaḥ/  « cultiver  » qui a aussi donné l'hébreu פּלח /falaḥa/ « couper (en tranches)  » origine du nom biblique Pilcha.

     
Lazhar Chraïti
    La deuxième فلق /falaqa/ « fendre en deux »  peut elle aussi se rapporter à la lèvre (فلّق /fallaqa/ « gercer ») et dans un sens imagé au bandit, au coupeur de route, le فلّاق /fallaq/ فلّاقة /fallaqat/, le fellaga ou fellagha. C’est ce terme qui sera employé par l’armée coloniale pour désigner les combattants indépendantistes du Maghreb. C’est aussi à cette racine que se rattache le nom de l’humoriste algérien فلاڤ Mohammed Fellag ou du président algérien بوتفليقة Abdelaziz Bouteflika mais le sens de leur nom n'est pas clair.



12 déc. 2012

Tambour et tabouret



Tunbur ou tanbur
Le mot tambour provient, à travers l’ancien français tabour,  du persan طبير /abīr/ dans lequel il désigne un instrument de musique à percussion. Alors que l’étymon persan n’est pas nasalisé, toutes les langues proches du français  possèdent un mot qui l’est (italien tamburo, espagnol et portugais tambor). On suppose alors l’influence du mot arabe طنبور /unbūr/ même si celui-ci désigne un instrument à corde et non à percussion. 

Le mot tambour a eu beaucoup de succès en français et il a plus tard désigné – par analogie de forme – différents objets cylindriques : porte à tambour, tambour de machine à laver ou d’imprimante. C’est aussi à cause de sa forme et issu phonétiquement de l’ancien français tabour que le mot tabouret fini par désigner ce petit siège après avoir servi à nommer une petite pelote dans laquelle on plantait des épingles.

Tambour à épingles

10 déc. 2012

La nouba du nabab



De la racine arabe ناب /nāb/ « remplacer quelqu’un » est issu aussi bien le mot nouba que le mot nabab.


La nouba désignait à l’origine une musique jouée à tour de rôle sous les fenêtres de personnes importantes. Ceci explique que le mot نوبة /nawbat/ écouter « tour, période » désigne aussi par extension en arabe maghrébin un « orchestre, une fanfare ». L’expression « faire la nouba » a pris dans la bouche des militaires français d’Algérie le sens de « faire la fête ».


Le nawab Saif Ali Khan
         Le mot nabab provient du pluriel نوّاب /nawwāb/ de l’arabe نائب /nā’ib/ écouter qui signifie « député, délégué » mais aussi « remplaçant ». Dans l’Inde moghole il désignait un gouverneur provincial ou un chef d’armée avant de devenir un titre pour les souverains musulmans. L’acteur indien Saif Ali Khan est depuis 2011 proclamé nawab de Pataudi (hindi नवाब /nawāb/ ourdou نوّاب‎ /nawwāb/)

En français, le mot nabab désignait plutôt un Occidental qui s’était enrichi dans l’Empire britannique puis toute personne richissime.




         

8 déc. 2012

Mahaleb d'Alep



Le bois de sainte Lucie (Prunus mahaleb) est un cerisier qui porte de petits fruits noirs et acides. Son noyau est pulvérisé pour donner un épice connu dans les régions méditerranéennes et qui est utilisé notamment en pâtisserie. Son autre nom - mahaleb - provient du mot arabeمحلب  /maẖalab/ qui signifie « émulsion » en arabe dialectal (arabe moderne مستحلب /mustaẖalab/) tiré du radical sémitique /*ẖalab/ « lait » (arabe حليب /ẖalīb/ écouter). De cette racine proviennent plusieurs noms bibliques tels que חלב /ẖayleb/ écouter, חלבה /ẖelbah/ ou חלבון /elbone/ qui tous possèdent un sens qui tourne autour des notions « lait – blanc – fertile ». La même idée habite le nom de la ville syrienne d’Alep qui en arabe se nomme حلب /ẖalab/ écouter « traire » même si le nom d’origine est antérieur mais toujours issu du même radical sémitique. De cette racine provient par ailleurs le mot galbanum, une résine odorante tiré de la plante Ferula gummosa qui pousse en Iran. On ne connaît pas précisément la langue d’origine du mot mais on en a la trace dans des langues sémitiques telles que l’hébreu חלבנה /elbenah/ « galbanum ». 



Halibna "notre lait"

7 déc. 2012

Abricots et quetsches de Damas


Abricot de Damas
On entend souvent dire que le mot abricot est d’origine arabe et ceci n’est que partiellement vrai. Si abricot nous provient bien de l’arabe البرقوق /al-barqūq/ écouter, on sait que cet intermédiaire a précédemment été emprunté aulatin (malum) præcoquum qui signifie « (fruit) qui mûrit prématurément ». L’arabe moderne utilise le mot المشمش /al-mišmiš/ écouter pour désigner l’abricot alors que le mot البرقوقة /al-barqūqat/ désigne désormais la prune et plus spécifiquement la quetsche (برقوق أرجوانى /barqūq ārjwāny/ « prune pourpre »).

Le mot quetsche lui est un emprunt au moyen allemand querschke, une altération profonde du latin davascena, qui provient originellement de la prononciation latine de la ville de Damas (Damascēnum). L’anglais traduit d’ailleurs le mot quetsche par le mot damson alors qu’elle nomme la capitale syrienne Damascus, mot plus proche du nom arabe دمشق /dimašq/ écouter de la ville. Par ailleurs, les mots damassine (aussi appelée prune de Damas), damassé et damasquiner en découlent aussi.  

On ne connaît pas la signification du mot Damas même si l’on soupçonne une origine pré sémitique. En arabe, la ville se nomme دمشق الشام /dimašq aš-šām/ écouter souvent abrégé en الشام /aš-šām/ par les Damascènes et c’est de là que provient le nom de la chaîne hôtelière de luxe Cham.
Logo des hôtels Cham

On a reproché  aux croisés l'inutilité des croisades et on leur a reproché d'y être allé "pour des prunes".